L’art de la série L’art de lasérie CHAPITRE 5
L’art de la série L’art de lasérie CHAPITRE 5
Hiver 1892, Rouen.

 

Monet est venu avec une idée fixe. Il veut peindre la cathédrale. Pas une fois, pas deux fois : il veut la peindre sous toutes les lumières, à toutes les heures, par tous les temps. 

 

Pour trouver le bon point de vue, il frappe aux portes des commerçants du quartier. Un marchand de nouveautés accepte de lui prêter son premier étage. Une boutique de lingerie aussi. Monet s’installe et passe des journées entières à observer la pierre, presque habité par son sujet. 

 

Il reviendra l’année suivante. Au total, il peindra plus de trente vues de cette même façade. Quand les tableaux sont exposés, le public est saisi. Ce n’est pas la cathédrale que Monet a peinte. C’est la lumière.

« Quand je travaille, si je suis interrompu, ça me coupe bras et jambes, je suis perdu. Vous comprenez facilement, je cours après une tranche de couleur. »

– Claude Monet 

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Claude Monet, La Cathédrale de Rouen, le Portail, 1894, Clark Art Institute, Williamstown
Façade occidentale de la cathédrale de Rouen, 2015 / Giogo
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Les séries

Pour essayer de capturer toutes les variations lumineuses sur son sujet, Monet peint jusqu’à une dizaine de toiles en même temps : il les fait défiler sur son chevalet dès que la lumière change !

 

C’est ainsi qu’il invente littéralement la notion de « série » en peinture. À chaque fois, c’est le même sujet et presque le même cadrage. 

 

Ce n’est pas sa seule série : outre la trentaine de Cathédrales, on compte une vingtaine de meules de foin et autant de peupliers ! 

Claude Monet, La Cathédrale de Rouen (série)
1. Claude Monet, La Cathédrale de Rouen, le Portail, Temps gris, 1892, musée d’Orsay, Paris 2. Claude Monet, La Cathédrale de Rouen, Le Portail, 1892-1894, musée Pola, Hakone 3. Claude Monet, La Cathédrale de Rouen, Effet de soleil (Fin de journée), 1892, musée Marmottant Monet, Paris 4. Claude Monet, La Cathédrale de Rouen, Le Portail et la tour Saint-Romain, plein soleil, 1893, musée d’Orsay, Paris
Claude Monet, Les Meules (série)
1. Claude Monet, Meules, milieu du jour, 1890, huile sur toile, Galerie national d’Australie, Canberra 2. Claude Monet, Meules, fin de l’été, 1890-91, huile sur toile, Art Institute of Chicago 3. Claude Monet, Les Meules au soleil, effet du matin, 1891, huile sur toile, collection privée 4. Claude Monet, Meules, effet de neige, soleil couchant, 1890-91, huile sur toile, Art Institute of Chicago
Claude Monet, Les Peupliers au bord de l’Epte (série)
1. Claude Monet, Les Peupliers, 1897, huile sur toile, Philadelphia Museum of Art 2. Claude Monet, Les Peupliers, 1891, huile sur toile, 1891, huile sur toile, musée d’art MOA, Atami 3. Claude Monet, Les Peupliers sur les rives de l’Epte, 1891, huile sur toile, collection particulière 4. Claude Monet, Les Peupliers, 1891, huile sur toile, collection particulière
Claude Monet, Les Falaises à Étretat (série)
1. Claude Monet, La Falaise d’Étretat, Couché de soleil, 1883, huile sur toile, North Carolina Museum of Art 2. Claude Monet, Étretat, la porte d’Aval : bateaux de pêche sortant du port, vers 1885, huile sur panneau de bois, musée des Beaux-Arts de Dijon 3. Claude Monet, La Falaise d’Étretat, 1885, huile sur toile, Clark Art Institute 4. Claude Monet, Mer agitée à Étretat, 1883, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts, Lyon
« Je lutte et travaille… lâchant, reprenant mes toiles au fur et à mesure que le temps change ; c’est abrutissant et très fatigant. »

– Claude Monet

Pour résumer

Monet peint des séries du même sujet où seule la lumière change.

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L’Impressionnisme et le marché de l’art
Paul Marsan, Paul Durand-Ruel dans sa galerie,
1910, monochrome sur papier, The National Gallery, Londres
Avec sa série « Cathédrale », Monet connaît enfin le succès.

 

Son marchand Durand-Ruel expose l’ensemble des toiles en 1895 : elles font un carton ! 

 

Ça y est, l’Impressionnisme devient « bankable » ! Reconnu par le marché de l’art, il commence à plaire à certains collectionneurs, comme le riche industriel normand Depeaux.

Mais les préjugés à l’égard de la peinture impressionniste persistent

 

Clemenceau, homme politique et ami du peintre, cherche à faire acquérir la série par l’État français.

 

Peine perdue… Les tableaux sont vendus séparément et sont aujourd’hui dispersés dans le monde entier, d’où leur célébrité ! 

Claude Monet, La Cathédrale de Rouen. Le Portail (effet du matin),
1894, huile sur toile, Fondation Beyeler, Bâle
Claude Monet, La Cathédrale de Rouen. Façade et tour d’Albane, effet de matin,
1894, huile sur toile, Museum of Fine Arts, Boston
Claude Monet, La Cathédrale de Rouen. Le Portail,
1894, musée Pouchkine, Moscou
Claude Monet, La Cathédrale de Rouen. Le Portail et la tour d’Albane. Temps gris,
1894, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Rouen
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Pour résumer

En 1895, Monet rencontre enfin le succès avec sa série « Cathédrale » : l’Impressionnisme est enfin reconnu.

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Les sujets de prédilection de Monet
Ce qui intéresse Monet ? Deux sujets très difficiles, mouvants et impalpables :
Claude Monet, Coucher de soleil sur la porte d’Aval à Étretat,
vers 1885, huile sur toile
  • La lumière : Monet n’hésite pas à peindre des dizaines de toiles sur un même thème.

C’est un sujet inépuisable, qui le fascine depuis son service militaire en Algérie et qu’il poursuit inlassablement sur les plages normandes. 

Claude Monet, Matin sur la Seine, le beau temps,
1897, huile sur toile, 88,9 x 91,8 cm, La Maison Blanche, Washington D.C.
  • L’eau : installé à Argenteuil, aux premières loges pour peindre la Seine, il se fait construire en 1873 une « barque-atelier » !

Au plus près de son sujet, Monet peut capturer avec fidélité sa nature changeante. 

Édouard Manet, Claude Monet peignant dans son atelier,

1874, huile sur toile, 80 x 98 cm, Neue Pinakothek, Munich

Pour résumer

Monet aime peindre la lumière et l’eau, des sujets qui changent sans cesse.

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Le jardin d’eau de Giverny 
Pour concilier ses deux obsessions – la lumière et l’eau –, Monet crée son jardin à Giverny.

 

Il s’y installe dès 1883, mais c’est dix ans plus tard qu’il commence à créer son « jardin d’eau », un vaste étang rempli de nénuphars… Un lieu qu’il a peint sans relâche.

 

En effet, pour créer l’étang, il doit demander l’autorisation de détourner un ruisseau. Non sans difficulté : les villageois redoutent que ses plantes exotiques n’empoisonnent le bétail… Finalement, le peintre obtient l’autorisation : le « jardin d’eau » peut voir le jour ! 

 

Ce lieu magique lui permet d’explorer les reflets de la lumière sur la surface de l’eau. Ce bassin est garni de nénuphars dont le nom savant est… nymphéas. Monet se consacre à ce sujet jusqu’à sa mort en 1926. 

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Claude Monet, Le Bassin des Nymphéas, 1904, huile sur toile, 87,9 x 91,4 cm, Denver Art Museum
Jardin de Claude Monet à Giverny / Photo : S. Frères
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À Giverny, Monet crée son jardin d’eau et le peint sans relâche dans sa série des Nymphéas.

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Les Nymphéas
Monet se consacre aux nymphéas de son jardin pendant des années.

Il peint près de 300 œuvres dédiées à ce motif et va notamment travailler plusieurs années sur le gigantesque cycle du Musée de l’Orangerie à Paris.

Claude Monet, Nymphéas bleus,
1916-1919, huile sur toile, 200 x 200 cm, Musée d’Orsay, Paris
Claude Monet, The Water-Lily Pond ou Le pont japonnais,
1900, huile sur toile, Museum of Fine Art, Boston
Claude Monet, Les Nymphéas,
1915, huile sur toile, 130 x 153 cm, Musée Marmottan Monet, Paris
Claude Monet, Les Nymphéas,
1904, huile sur toile, 90 x 96 cm, MuMa, Le Havre
Claude Monet, Nymphéas,
1908, huile sur toile, 81 cm, Musée de Vernon
Claude Monet, Série : Les Nymphéas, réalisée entre 1914 et 1926,
huile sur toile, Musée de l’Orangerie, Paris / Photo : Sailko CC BY-SA 3.0
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Fasciné par les nymphéas de son jardin, Monet en fait le sujet de 300 toiles.

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Le japonisme
Monet, comme beaucoup d’Impressionnistes, est atteint par une drôle de maladie : le japonisme !

Il s’agit en réalité d’une passion pour l’art japonais. Et notamment pour les images populaires appelées estampes, qu’il a collectionnées en grande quantité. Ce qui l’intéresse : 

Utagawa Hiroshige, Nuit de neige à Kambara,
1833, estampe, Musée national de Tokyo
  • Le sujet : l’éphémère, le quotidien et les saisons sont des thématiques centrales au Japon.
Katsushika Hokusai, La cascade d’Amida derrière la rue Kiso,
vers 1827, estampe, 36,2 x 26 cm, British Museum, Londres
  •  Le cadrage : les scènes sont décentrées et débordent du cadre.
Utagawa Hiroshige, À l’intérieur du sanctuaire Kameido Tenjin, dans la série des Cent vues d’Edo,
1857, estampe, Brooklyn Museum, New York
  • Les séries : les artistes comme Hiroshige étudient longuement un même sujet grâce à la série 
Katsushika Hokusai, Reflet du mont Fuji dans le lac Kawaguchi,
vers 1830, estampe
  • Les couleurs : elles sont traitées par grands aplats 
Katsushika Hokusai, Un coucou et des azalées,
1828, estampe, 25,6 x 18,6 cm
  • Leur fort pouvoir d’évocation : elles parviennent à faire ressentir des émotions ou des sensations 
Pour résumer

De nombreux Impressionnistes s’inspirent de l’art japonais : séries, sujets éphémères, cadrage…

Pour résumer, vous avez découvert :

  • Claude Monet et la cathédrale de Rouen
  • Les séries 
  • L’Impressionnisme et le marché de l’art 
  • Les sujets de prédilection de Monet 
  • Le jardin d’eau de Giverny 
  • Les Nymphéas 
  • Le japonisme 
Pour s’entraîner

Comment procède Monet pour capturer toutes les variations lumineuses sur la cathédrale de Rouen ?

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Quel espace de sa propriété de Giverny, Claude Monet n’a eu de cesse de peindre à la fin de sa vie ?

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Combien d’œuvres dédiées aux nymphéas Monet a-t-il peint ?

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Vous avez débloqué l’épisode suivant dans votre parcours Sur les pas des impressionnistes, entre Normandie et Île-de-France.

CHAPITRE 7

Le post-impressionnisme

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